Une porte vers ailleurs

Le blog d'un niçois qui part voyager un an en Nouvelle Zélande.

11 mars 2008

#13 Geraldine

(Et je le repete : NON, elle n'est pas suedoise)

(Rawhiti Backpacker, Geraldine, Mardi 11 Mars 2008, 18h00. Etat : Fourbu, mais heureux comme un roi)

Geraldine est une petite ville residentielle paisible au croisement de la route qui descend le long de la cote Est vers Dunedin et de la route qui monte vers les montagnes et le lac Tekapo.

Le backpacker ou je reside est une ancienne maternite reconvertie par un couple d'allemands, et il est superbe : calme, grand, propre... et pas cher. Vous verriez le salon ! Quand a la chambre, elle ne contient que trois lits. Ce soir, apparemment, j'y serais seul. Hier, je l'ai partage avec un couple de jeunes francais (Sebastien et Stephanie) super sympas. De ces gens dont on se dit, apres seulement deux heures de discussions "ah, si on s'etait connus en France, on serait sans doute devenus copains comme cochons". Gruik.

Aujourd'hui je me suis fait un plaisir enorme. Hors de prix, mais enorme : une journee rafting. C'etait genial. Siper ambiance, super organisation, super temps. J'ai un CD de photos les amis, je ne vous dit que ca.... Bref je suis fourbu mais ravi.

Demain, je vais aller randonner dans la Peel Forest. Parait que ca vaut le coup d'oeil. Vendredi je reprends la route direction le Lac Tekapo dont on ne m'a dit que du bien. A suivre.

STV.

PS : Internet est toujours aussi cher et limite, et les PC des backpackers toujours aussi ridicules question debit. Pour les photos, faudra encore attendre, je le crains...

"Alors, comment il s'en sort ?
- Bah, comme d'habitude.
- Ah, si bien que ca ?"

Posté par STV_ à 07:16 - 05 - Geraldine - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Intermede lecture : La carte postale

Cela n'a absolument rien a voir avec la Nouvelle Zelande. Ceci est ma modeste (et sans accent) participation au petit jeu d'ecriture de MonsieurMonsieur. Allez jeter un oeil sur son blog, moi j'adore ce type.

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Il n'y a que les gens de la ville pour me donner du "Docteur". Pour tous ceux du village, je suis "Toubib". Alors qu'en fait, je suis veterinaire. Comis boucher, meme, au depart.

 

Mon pere tenait une boucherie a Firminy, et les chevaux c'est en morceaux que je les ai d'abord frequente. Et puis, ne me demandez pas trop comment, je suis passe du cote des chevaux vivants. Je suppose que je peux remercier le vieux Marcel, qui cherchait un apprenti, et ma mere, qui voulait me voir faire medecine. Bref, je suis devenu veto a Firminy, mais dans le village on n'etait pas nombreux. C'etait qu'une question de temps avant que quelqu'un vienne me trouver a la place du docteur officiel. De temps en temps je depanne, vous voyez ? Les gens de la ferme, ils sont pas trop regardant. Pour le pere Andre, si je peux faire mettre bas a sa jument, je peux tout aussi bien accoucher sa femme.

 

Et quand ledit Dede a recu son frangin de Besancon au village et que ce dernier allait pas fort, c'est a moi qui l'a amene.

 

"C'est la, la maison du docteur ?
- Ouais Beber, c'est la. C'est la maison du vieux Cenas.
- Mais... il est docteur, hein ?
- Ouais, ouais Beber. Allez, viens. Toubib ?"

J'avais entendu la voix geignarde sans la reconnaitre, mais j'avais facilement reconnu celle de Dede. J'ai soupire : je deteste jouer le docteur. C'est d'ailleurs bien pour ca que je venais d'accepter un travail a St Etienne, a la ville comme qui dirait, comme veto chez un eleveur. Je commencais deux semaines plus tard. J'avais hate : la-bas au moins, on confondait pas les patients et les chevaux.

 

"Toubib, j'te presente Beber. C'est mon petit frere. Beber, j'te presente le docteur Cenas. C'est lui qui a accouche Henriette, tu te souviens comme elle a dit du bien ?"
J'ai rien trop dit concernant mon titre de docteur, sur lequel Dede avait pourtant lourdement insiste : j'etais bien trop occupe a essayer de refouler un sourire. Pour le coup, j'aurais tout aussi bien pu etre veto que medecin : le denomme Beber avait une telle dentition qu'avec la meme chevelure que Dede il ressemblait vraiment a un canasson. Je me suis souvenu assez tardivement que, en tant que docteur, j'etais sense me montrer poli.
"Bonjour, heureux de vous rencontrer. Comment allez-vous ?"
Je vous accorde que ce n'etait pas tres fin de poser la question a quelqu'un qui vient voir un docteur, mais bon : a l'oeil nu je ne voyais nulle trace de blessure, de furoncle ou de fievre. A vrai dire, j'avais du mal a voir autre chose que ses dents.
"Oh, ca va pas fort, docteur. Pas fort du tout..."
Il s'est assis sur la premiere chaise venue, et il a tout deballe d'un bloc. Au debut, je suis reste debout. Dede c'est eclipse discretement au bout de cinq phrases, m'adressant un geste de la main qui signifiait "je repasse plus tard". Au bout de vingt minutes, j'ai fini par comprendre que ca allait durer. Je me suis assis aussi.

 

Il a parle deux heures et quelques, ce jour-la. Et il est revenu le lendemain. Puis le jour suivant. Je crois que, sur les dix jours que durait sa visite a son frere, il est venu me voir neuf fois. Des heures a l'ecouter parler, berce par le tic-tac de la grosse horloge de mon salon. De temps en temps, je remettais du bois dans le poele. Tout ca pour un probleme que ni medecin ni veto ne pouvait soigner : il nous faisait une bonne grosse chute de moral. Et la cause etait tout aussi incurable que la consequence. Il l'a developpe sur plus de vingt heures de palabres, mais je vous la fait courte : Beber avait epouse une megere.

 

Geraldine, c'est pourtant joli, comme prenom. J'aurais jamais cru qu'il puisse provoquer autant de lassitude, d'inquietudes et de craintes melees chez quelqu'un. A priori, si elle n'avait pas un fessier propice a l'equitation, c'est pourtant elle qui menait le couple. A la cravache. Elle l'a litteralement dompte, le Beber. Elle a commence par user de la carotte. Puis de la carotte et du baton. Puis seulement du baton. Et il continue d'avancer, la bourrique. Pourtant, les carottes sont cuites. Archi-cuites, meme.
"Je n'ai plus d'appetit, docteur. J'ai perdu presque dix kilos. Apres le repas, j'ai des remontees aigres, vous voyez ? Et son regard et si mechant ! J'ai peur de critiquer la nourriture, vous voyez ? J'en peux plus, docteur..."

 

Le pauvre type allait droit a l'ulcere. Et mon diagnostic - moins en tant que medecin qu'en tant qu'homme jamais marie - etait clair : fallait changer de femme. Dans certains cas graves y'a plus que ca. L'amputation.
"Aidez-moi, docteur. Qu'est-ce que je dois faire ?"
Il me regardait avec les yeux d'un cheval qu'on mene a l'abattoir. Et je sais de quoi je cause.
"Vous avez confiance en moi, Beber ?
- Bien sur docteur.
- Alors voila votre traitement : la prochaine fois qu'elle hausse le ton, vous vous levez bien droit, vous la regardez dans les yeux, et vous lui hurlez que si elle continuer de crier comme une genisse elle ira dormir a l'ecurie. Vous pouvez faire ca, Beber ?"

Il en est reste comme deux ronds de flan. L'a meme pas su quoi me repondre. Je me suis leve, suis alle chercher l'un de mes nouvelles cartes de visite avec mon adresse a St Etienne, et lui ai tendu en lui tapotant l'epaule.
"Matin, midi et soir s'il le faut. Ecrivez-moi pour me dire comment ca evolue."

 

Il est parti la tete basse. A vrai dire, je n'etais pas tres confiant moi-meme. C'est toujours pareil, vous savez. j'etais sur du bien fonde du diagnostic et de l'efficacite de ma prescription. Mais les hommes sont tous les memes : ils font toujours des histoires pour prendre leur traitement.

 

J'ai jamais eu le probleme avec les chevaux.

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Posté par STV_ à 07:01 - Commentaires [14] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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