21 juin 2008

#51 Nager avec les dauphins, BIS

(Apres le film, le roman)


Nager avec les dauphins.

Ca a toujours ete un reve de gosse. Depuis aussi longtemps que je me souvienne, j'ai toujours aime les dauphins, et adore aller au Marineland. Les voir sauter, filer comme l'eclair dans l'eau claire. J'ai toujours eu envie de me glisser dans le bassin et de nager avec eux en m'accrochant a leur nageoire caudale.

Ma premiere experience de "nage avec les dauphins" en Nouvelle Zelande, a Akaroa, avait ete un peu decevante : trop de vagues, eau trop trouble. Quelques dauphins avaient certes file autours de nous, mais je n'avais pas pu les observer comme j'en avais envie. Je pensais que c'etait partout pareil, et je n'esperais pas beaucoup mieux de cette seconde sortie, a Kaikoura, si ce n'est l'espoir que l'eau serait assez claire pour utiliser nos masques pour les voir evoluer sous l'eau.

Et puis, soudain, la voix du skipper nous dit qu'il y a des dauphins sur la droite du bateau. Tout le monde se precipite. Au debut, je ne vois rien. Puis, au loin, j'ai l'impression que l'ocean n'est pas lisse. Que dans une large zone de plusieurs dizaines de metres, l'eau est en train de bouillir. Mais l'eau ne bout pas. Des nageoires caudales apparaissent et disparaissent. DES nageoires. Plusieurs. Plusieurs dizaines. Et la, je laisse echapper un "oh, my god...". Parce que je n'arrive pas vraiment a y croire. Et puis le bateau se place dans leur axe, et le ban de dauphins passe la, sous notre nez, filant a tout allure. Il y en a... plein ! Cinquante ? Cent ?

Les appareils photos mitraillent, et j'alterne entre prise de vue fixe et video. Je cours partout : a la proue pour prendre ceux qui s'amusent a nager juste devant le bateau ; sur les cotes pour me rendre compte de leur nombre ; a l'arriere pour voir les nageurs du groupe 1 s'equiper. La sirene du bateau retentit et c'est le signal : les nageurs se glissent a l'eau. Aussitot on les entends crier et faire des bruits bizarres dans leurs tubas, pour tentet de titiller l'attention des mammiferes.

Nous, les nageurs du groupe 2, les regardons flirter de pres avec les dauphins, evoluer parmis des dizaines d'entre eux. Nous avons un sourire beat... et un peu crispe. Par pitie, faites que les dauphins ne partent pas avant que nous ayons le temps de plonger nous aussi ! Ca dure. Un quart d'heure, vingt minutes, je ne sais pas trop. Puis la fille du bateau nous fait signe : il est temps de ranger les appareils photos et de chausser les palmes.

Et la, j'etais dans un etat second. Je n'etais ni excite, ni joyeux, ni rien. J'agissais comme un robot, vide de sensation, comme si j'avais voulu faire le menage pour avoir plein de place en moi, le plus de place possible pour "eux". Puis la sirene retentit, les nageurs du groupe 1 remontent au bateau, et nous nous positionnons sur la plate-forme arriere. Nos yeux anxieux cherchent les dauphins, esperent qu'ils sont la. Le bateau se deplace, et mes palmes jouent avec les eclaboussures des turbines. Puis de nouveau elles s'arretent, les turbines, et la sirene rententit. Je suis le premier a l'eau.

Petit choc thermique malgre la combinaison integrale. Ma respiration s'accelere dans le tuba. Je commence a nager, en regardant dans l'eau, sous moi. Ou sont-ils ? Et la, venant de derriere moi, il y en a un qui passe sous mon ventre, a environ un metre seulement. Ma respiration s'arrete dans le tuba. J'entend les autres nageurs crier dans l'eau, mais je ne le fais pas. Premierement parce que les dauphins sont extremement nombreux et visiblement deja curieux et desireux de jouer ; secondement parce que le skipper m'a dit que, plus que les cris, c'etait l'attitude qui comptait. Capter leur regard, nager en cercle avec eux quand ils vous tournent autours, plonger a la verticale en recrachant des bulles...

Il y en a un qui arrive par le cote, au niveau de la surface. Je fixe mes yeux sur le sien, et ca marche ! Il ralentit, arrive a moins d'un metre de moi, et commence a me tourner autours. Je pedale maladroitement de mes mains et mes pieds pour tourner aussi, gardant le contact visuel. Il fait un tour, deux tours, trois tours. Je tourne sur moi-meme comme un fou, ca dure plusieurs secondes d'eternite. Puis il accelere. J'essaie de suivre, y arrive presque, mais le cinquieme tour il est deja dans mon dos. Il a gagne, il file.

Et ca continue : l'eau est claire, et j'en vois plusieurs nager quelques metres sous moi ; un autre esquive un nageur et se retrouve a me foncer droit dessus, face a face, pour bifurquer aisement au dernier moment ; je plonge a la verticale pour tenter de les rejoindre a quelques metres de profondeur, mais l'epaisse combinaison de neoprene me renvoit illico a la surface ; j'arrive a refaire le coup de la "danse en cercle" deux ou trois fois.

Et finalement je ne peux y tenir. Pourtant, on m'a dit qu'on ne devait pas essayer de les toucher, que ca les ferait fuir. Mais celui-ci est si pres ! Il y a, quoi, cinquante centimetres ? Trente ? J'ai juste a tendre la main. Je continue de tourner en cercle et allonge le bras. Vingt centimetres. Dix. Je vais le toucher ! Et puis, d'un coup de queue, il s'eloigne de trente centimetres a nouveau. Et par trois fois, j'essaierai. Et par trois fois, comme repousse par un champ magnetique, le dauphin esquivera mon contact au dernier moment.

Je suis essoufle, et mes mollets tirent deja. Je n'arrete pas ! Je passe de dauphin en dauphin, et suis finalement oblige d'emerger, de retirer le tuba pour reprendre mon souffle et mes esprit. Je me sens bizarrement nauseeux. Je tousse une ou deux fois. Puis je reprends ma balade, mais je tremble, me sens fatigue, alors je ne fais plus rien : je reste immobile, allonge a plat ventre, respirant par le tuba. Et je les observe. Et ils vont et viennent, passent pres de moi, plongent.

Et la sirene retentit. Temps de rentrer.

Je ne suis pas loin du bateau, et je me hisse avec aisance sur la plate-forme arriere. Je m'assied, retire mon masque et mon tuba, retire mes palmes, hagard. Je regarde les derniers nageurs rejoindre le bateau, et les dauphins qui nagent toujours tout autour. Et je me redresse : au loin, a au moins cinq cent metres, je vois des eclaboussures : les dauphins ont lance un concours de saut. Et vas-y que ca saute dans les airs, que je te fais un salto arriere, et que je te fais des splach. Mais nous ne sommes pas a Marineland : personne ne leur demande de se donner en spectacle, et il n'y a aucune recompense a la clef. Ils s'amusent, c'est tout.

Le bateau redemarre le moteur, et les dauphins proches suivent. Il accelere, et les dauphins semblent prendre ca pour une invitation a la course : ils accelerent aussi. En verite ils suivent aisement et se mettent au rythme de l'engin histoire de profiter des amusantes vagues que nous produisons.

Le skipper me tape sur l'epaule et me demande si je me sens bien. Je suis en effet toujours nauseeux, mais pense que l'air et le vent vont faire passer ca. Et puis mon air hebete est du a autre chose.

"Ca va, merci. Je suis juste toujours dans mon reve..." que je reponds.
Et ca l'a fait marrer.

Posté par STV_ à 03:53 - - Commentaires [4] - Permalien [#]


Commentaires sur #51 Nager avec les dauphins, BIS

    Je continue à penser que tu es un veinard, même s'il faut se donner les moyens de les réaliser, ses rêves.
    Ton récit m'a donné des frissons, là, ça avait vraiment l'air génialissime...
    Que de souvenirs !
    Tu es remis à peu près, là maintenant, ou toujours pas ?

    Posté par Je Rêve, 21 juin 2008 à 07:56 | | Répondre
  • Revue de post

    Mimi : je suis carrement en vrac, si c'est ca la question. Mais les raisons en sont autant multiples que tres variees...

    Posté par STV., 22 juin 2008 à 06:38 | | Répondre
  • Hin hin hiiiin...
    Mais encore...???
    (comment ça, curieuse ?!)

    Posté par Je Rêve, 22 juin 2008 à 11:03 | | Répondre
  • Revue de post

    Mimi : y'a VRAIMENT pas de quoi ricaner. Et j'ai la flemme de vous expliquer les differents cas, comme ces trois anglais bourres qui partageaient ma chambre la nuit du match...

    Posté par STV., 23 juin 2008 à 00:16 | | Répondre
Nouveau commentaire